samedi 2 mai 2015

Lectures de mai 2015: "La sobriété heureuse" et "La part du colibri" de Pierre Rabhi

J'ai lu dernièrement un article très virulent à propos de Pierre Rabhi, de sa famille, de son "oeuvre", et je me suis demandée pendant des jours et des jours si j'allais faire ma lecture de mai 2015 sur le sujet ou non...

Je ne vais pas vous faire le résumé de la polémique qui entoure Pierre Rabhi, mais grosso modo, on lui reproche d'être une sorte de gourou, surtout attiré par la lucrativité de ses activités.
On peut aussi critiquer le contenu de sa pensée et de sa production écrite.
Quant aux reproches faits à sa famille sur le lieu de vie qu'ils ont créé, c'est du lourd aussi.

Bref.

Je vais vous avouer un truc que tout le monde fait mais que personne ne veut reconnaître: des fois je lis des livres juste parce que tout le monde les lit.
Voilà.
Et donc c'est pour ça que j'ai eu envie de lire Pierre Rabhi.
Pour pas qu'on puisse me dire: "Quoi, t'es écolo et tu lis pas Pierre Rabhi??? Non mais allô quoi!"

Seulement voilà, j'essaye de garder mon esprit critique.
Et surtout, surtout, je ne voue de culte de la personnalité à personne, car ça m'a toujours énormément déplu sans que je puisse vraiment l'expliquer.
Oui, même à Gandhi ou l'Abbé Pierre. Non, pas de culte de la personnalité, si je me sens vraiment en phase avec un écrit, je me sens en phase avec un écrit, point barre, pas forcément avec la personne qui l'a écrit.
Un peu comme le Bouddha qui disait à ses "disciples" de ne pas suivre aveuglément ses recommandations, d'expérimenter, tester, jusqu'à vraiment valider (ou pas) son enseignement.

Résumons donc: quand je prends un livre, je suis un disciple de Bouddha.

Lorsque j'ai lu (quasiment à suivre) "La part du colibri" et "La sobriété heureuse" de Pierre Rabhi, je n'avais eu aucun vent de la polémique qui le touchait.
Et tant mieux.

J'ai eu un peu de mal, je l'avoue, avec l'écriture de ces 2 livres. Je trouve que les phrases sont trop longues, on sent bien qu'écrire n'est pas son métier, même si ça reste compréhensible évidemment.

Voici, en gros, ce que j'ai pensé de ces 2 livres:

La part du colibri:


C'est celui que j'ai lu en 1er. Finalement j'ai retrouvé les mêmes idées dans La sobriété heureuse, et du coup je me demande si c'est pareil avec tous les livres de Pierre Rabhi. Du genre: quand on en a lu un, on les a tous lu.
C'est un tout petit riquiqui livre de 49 pages ou c'est écrit gros.
Grosso modo, il se pose la question du progrès. Qu'est-ce qui fait que malgré toutes les prouesses technologiques dont l'homme est capable, il y ait toujours la famine dans le monde?
Il évoque beaucoup le progrès et la croissance. Vous l'aurez compris, il se positionne contre ces 2 concepts.
Pourquoi l'homme et la nature ne sont-ils pas au centre de nos préoccupations?

C'est un petit livre qui m'a semblé intéressant mais il faut dire que je suis restée sur ma faim. 49 pages pour évoquer un tel sujet, ça fait un peu short quand-même.

C'est la raison pour laquelle j'ai enchaîné quasiment tout de suite après sur:


La sobriété heureuse:


Dans ce livre-là, Pierre Rabhi commence par raconter sa propre vie et son expérience. J'ai l'impression qu'il fait ça dans beaucoup de ses livres, en même temps pourquoi pas, je n'ai rien contre ça.
Après ça, il s'attaque de front à la modernité. Personnellement, ce positionnement m'a un peu surprise au début. En effet, on nous montre toujours la modernité sous un jour positif, source de progrès, d'amélioration, de confort pour l'Homme.
Or il n'en est rien, la modernité sert apparemment surtout à servir les intérêts de la finance elle-même.

J'ai retrouvé cet extrait, que j'avais déjà lu par ailleurs:
"... l'itinéraire des êtres humains au sein de la modernité: de la maternelle jusqu'à l'université, ils vivent un enfermement. Le vocabulaire que nous employons au quotidien en est, sans que nous en ayons conscience, représentatif: certains d'entre nous se rendent dans des casernes, pendant que d'autres travaillent dans de petites ou grandes "boîtes". Même pour nous divertir, nous allons "en boîte", et comment? dans nos "caisses", bien sûr! Il y a même les "boîtes à vieux", avant que notre itinéraire ne s'achève, lui aussi, dans les boîtes ultimes, en un repos que rien ne peut plus troubler."

Comme vous le voyez, la question de l'aliénation de l'Homme au progrès est très présente.

Après avoir méthodiquement démonté le progrès et la modernité, Pierre Rabhi nous explique que la seule voie possible est celle de la sobriété.
Il y évoque d'abord la "sagesse ancestrale" des peuples qui ne sont pas (encore) impactés de plein fouet par la modernité.

Un petit extrait qui a fait palpiter mon coeur de végé:
"La quasi-totalité des peuples premiers ne tuait pas sans nécessité vitale; quant à le faire pour se divertir, c'était chose inconcevable, car c'eût été une profanation au sens strict du terme."
Tout au long du livre, on voit que pour lui, même s'il a du mal à l'expliquer, la sobriété a quelque-chose de quasi-mystique. En cela je le rejoins tout à fait.

Pierre Rabhi déplore également que le "vivre ensemble" en ait pris un coup dans l'aile au passage de la modernité.
Il croit en la vertu de l'autolimitation volontaire.

Allez, encore un petit extrait que j'aime bien, après j'arrête, promis:
"Tant qu'un seul enfant naît dépourvu de ce qui lui revient légitimement en tant qu'être vivant, il y a usurpation car les biens venus de la terre, qui sont encore abondants, sont dédiés à tous les êtres vivants qu'elle héberge, et non à ceux qui, par le pouvoir politique, la loi du marché, les finances ou les armes, s'en attribuent la légitimité"

Je crois que cette phrase résume à elle seule tout ce que je ressens et tout ce en quoi je crois.

Après, grosso modo, Pierre Rabhi explique que la limitation personnelle ne suffit évidemment pas, et en appelle à une "insurrection des consciences".
Malheureusement tout cela n'est pas très concret.
Il faut dire que cela bouleverse tellement le moule actuel que c'est à se demander par quel bout prendre les choses...
On voit bien aussi que Pierre Rabhi n'accorde pas beaucoup de crédit au politique, et qu'il pense que le changement viendra de la société civile. D'ailleurs il a écrit un livre uniquement sur ce sujet, j'ai vu ça dans une librairie la semaine dernière.

*    *    *

En résumé de résumé de résumé, je dirais que ces 2 livres donnent quand-même bien matière à réfléchir, sur le monde qui nous entoure, sur la fuite en avant dans laquelle on se trouve.
Pour ma part ce sont des idées que je partage, et que j'essaye d'appliquer à mon tout petit minuscule niveau. Même pas pour faire bouger les choses, juste parce qu'au fond de moi-même je sais que je ne peux pas faire autrement.
Je vois les gens et les choses s'agiter autour de moi et ça me fatigue pour eux.
Je ne regarde même presque plus les informations, car quand je vois les politiques prôner tous les moyens possible d'augmenter la croissance, je me dis qu'on marche sur la tête.
Y a rien à attendre de ces gens-là, effectivement la révolution ne viendra pas d'eux, c'est clair.

Comme je le dis souvent, battons-nous avec leurs armes: notre porte-monnaie.
C'est la simple loi de l'offre et de la demande, arrêtons de donner notre argent à des multinationales qui placent le profit avant l'Homme et la Nature.

5 commentaires:

  1. Merci pour ton article, très juste comme toujours. Je suis tout à fait en phase avec toi : j'adhère, comme une évidence, à la pensée de Pierre Rabhi mais ses livres m'ont laissée sur ma faim. J'ai ces 2 livres et je n'en lirai pas d'autre, même si j'ai beaucoup de respect pour l'auteur : rien de concret, beaucoup de lieux communs pour moi, cela m'a un peu déçue. Au final, il ne me reste rien de ces lectures. Parce que les phrases sont trop alambiquées et la pensée pas assez synthétique ? Je ne sais pas. J'ai eu la même impression quand je l'ai entendu à la radio : je ne l'ai pas trouvé clair, pas assez engagé, trop consensuel, très loin de déclencher une insurrection des consciences. Bref, j'ai du mal à croire que certains le considèrent comme un gourou. Je crois au contraire qu'il est invité dans les médias parce qu'il ne risque pas de faire du mal à grand monde.

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  2. Merci pour ton article, très juste comme toujours. Je suis tout à fait en phase avec toi : j'adhère, comme une évidence, à la pensée de Pierre Rabhi mais ses livres m'ont laissée sur ma faim. J'ai ces 2 livres et je n'en lirai pas d'autre, même si j'ai beaucoup de respect pour l'auteur : rien de concret, beaucoup de lieux communs pour moi, cela m'a un peu déçue. Au final, il ne me reste rien de ces lectures. Parce que les phrases sont trop alambiquées et la pensée pas assez synthétique ? Je ne sais pas. J'ai eu la même impression quand je l'ai entendu à la radio : je ne l'ai pas trouvé clair, pas assez engagé, trop consensuel, très loin de déclencher une insurrection des consciences. Bref, j'ai du mal à croire que certains le considèrent comme un gourou. Je crois au contraire qu'il est invité dans les médias parce qu'il ne risque pas de faire du mal à grand monde.

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    1. Merci pour ton commentaire Anne, ça fait du bien de voir que je ne suis pas toute seule!

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    2. A propos de la sacro-sainte croissance : j'ai entendu un jour un ministre à la radio interpellé par un auditeur qui lui demandait :"pourquoi devrait-il y avoir de la croissance ?" Après un instant de silence (sans doute cette question n'avait jamais été posée à ce ministre, dans son monde, on ne se pose pas cette question), le dit-ministre a improvisé en répondant que la population française augmentait chaque année et que cela devait forcément aboutir à de la croissance. J'ai cherché les chiffres, et j'ai calculé : il y a au maximum 0,5% d'augmentation de la population par an, donc au delà de 0,5% , c'est juste un désir de la finance de faire perdurer son système de profit.

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    3. N'empêche, en parlant de croissance, ça fait des années que je me demande pourquoi tout le monde (tous les politiques), recherchent ce but ultime qu'est la croissance, pourquoi quand elle augmente ou diminue ça fait les gros titres des journaux, etc...
      Je me disais qu'il y avait quelque chose que j'avais pas du capter dans l'histoire, pour que tout le monde en fasse tout un foin comme ça.
      Et du coup ça fait du bien de lire des livres et voir des personnes publiques avec les mêmes opinions, même si comme tu dis, pour l'instant il risque pas d'ébranler grand monde, le père Rabhi!

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