mercredi 21 octobre 2015

Apprendre du passé

La semaine dernière, ma grand mère était à la maison.
Elle a 80 ans.
J'adore passer de longs moments avec elle, où elle me raconte son enfance.

C'était il y a 70 ans, c'est vrai, mais en l'écoutant,  on a l'impression que c'était il y a 2 siècles! 
La vie a tellement changé en 2 générations! 

Ma grand-mère a passé son enfance à la campagne, mais profonde,  la campagne, hein.
Ses 2 parents étaient des paysans, et ils étaient 6 enfants.
Pas des grands agriculteurs propriétaires terriens, non, vraiment de pauvres paysans qui subsistaient grâce à leur potager et à quelques animaux.

Ils travaillaient essentiellement pour nourrir leur famille, et quand il leur restait quelque chose, ils le vendaient pour pouvoir s'acheter 2/3 choses qu'ils ne pouvaient pas faire eux-mêmes.

La frugalité n'était pas alors une mode de bobo, c'était juste du bon sens, ainsi qu'une nécessité pour survivre.

Nous avons abordé la semaine dernière plein plein plein d'aspects de sa vie quotidienne, comme l'alimentation, l'école,  les jouets, la consommation,  l'entraide...
Je trouve ça passionant.

Au niveau de l'alimentation, sa famille se nourrissait exclusivement de ce que leur jardin et les qq bêtes qu'ils avaient pouvaient leur fournir.
Évidemment,  il n'y avait pas de la viande à tous les repas!
Mais malgré tout ils étaient correctement nourris.
Est-ce un hasard si aujourd'hui, ces 6 enfants sont des personnes âgées tous encore en vie et en relativement bonne santé?  Je ne le crois pas.

A cette époque,  l'école ne commençait qu'à 6 ans. C'était une classe de bonnes soeurs pour les filles et une école communale pour les garçons.
Avant 6 ans, les enfants étaient soient gardés par une grand-mère, soient ils aidaient leurs parents.
Ils n'avaient aucun jouet.
J'ai demandé alors à ma grand mère comment ils s'amusaient, car tous les enfants s'amusent!
Elle m'a cité quelques exemples: les filles allaient dans les champs faire des bouquets ou tresser des fleurs, les garçons jouaient comme aux billes avec des cailloux. 
Ils aidaient beaucoup leurs parents. Ils fabriquaient des personnages avec des épis de maïs.

Ils n'avaient ni eau ni électricité dans la petite maison de 3 pièces.
Il y avait une chambre pour les filles, et une chambre pour les garçons et les parents.
Ils avaient souvent froid et dormaient ensemble pour se réchauffer. 
Ils devaient tirer l'eau du puits plusieurs fois par jour.

Lorsqu'ils tuaient un cochon,  ils conservaient des parties dans de la graisse dans des sortes de grands vases.
Ils avaient aussi un garde manger grillagé qu'ils mettaient dans la partie la plus froide de la maison pour conserver les restes.
Ils donnaient alors des saucisses, etc... a des cousins, qui faisaient de même quand ils tuaient un cochon à leur tour.

Mes arrière grands parents n'avaient pas les moyens d'acheter des vêtements,  aussi ils faisaient venir, le moins possible, une couturière qui leur faisait des vêtements sommaires à partir de tissus bon marché. 
Mon arrière grand mère passait de nombreuses soirées à repriser.

Pour laver le linge, ils avaient ce qu'ils appelaient une lessiveuse.
Mon arrière grand mère y faisait bouillir le linge puis allait le rincer dans un lac à 2 km!  C'était très lourd et très pénible,  autant dire qu'ils ne se changeaient pas tous les jours, loin de là!
Malgré tout, ma grand mère insiste beaucoup pour dire qu'ils étaient propres, par rapport à d'autres enfants du village.
En cas d'invasion de poux, mon arrière grand mère les épouillait un à un et les badigeonnait de leur vinaigre fait maison.

Je pourrais encore vous raconter 1000 anecdotes, mais je crois que j'ai assez bien planté le décor! 
Je pourrais écouter ma grand mère parler de son enfance pendant des heures!

Est-ce que je suis nostalgique du passé?
Oui et non.
D'un côté c'était une vie très dure.
Le moindre imprévu mettait la famille très en difficulté,  comme la fois où un de mes oncles s'est fait casser une jambe par un cheval qui lui a collé un coup de sabot! Il a fallu faire venir le medecin, platrer, ça a coûté beaucoup d'argent et ça a été une catastrophe pour la famille.
Le confort, les soins, tout ça était très sommaire.
D'un autre côté, ces gens étaient pauvres mais ils avaient tout ce qui leur fallait, toujours le ventre plein. Ils se débrouillaient pour ne dépendre de personne.

Ma grand-mère m'a avoué qu'elle était complètement déboussolée par l'évolution de la société et de la consommation depuis la génération de ses propres enfants.
Il y a eu un changement total et radical en seulement une seule génération,  celle de nos parents (je suis trentenaire)
Pendant qu'elle était à la maison, ma grand mère a lu No Impact Man, et elle est répartie avec l'Homme sans argent.
Elle avait l'impression de retrouver sa vie de quand elle était petite.
Elle a été élevée dans la nature et en a gardé un amour intact. Forcement, elle a du mal à comprendre le traitement qu'on lui inflige aujourd'hui.
Ce qu'on appelle progrès est-il vraiment du progrès? 
Je ne le pense pas.

Comme je dis toujours: je veux bien garder les progrès de la médecine,  le reste, c'est juste de la folie, pas du progrès! 


3 commentaires:

  1. merci c'est touchant !

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  2. Très intéressant et touchant ton article, merci pour ce partage. C'est vrai que la consommation est devenue dingue et quand on voit ce qui est vendu aux états unis comme du fromage en bombe ou des légumes déjà pelés et coupés vendus sous vide plus souvent qu'au rayon fruits et légumes ça fait peur pour les années qui arrivent. Je pense qu'il y a de plus en plus de gens qui prennent conscience de l'absurdité de nos modes de consommation mais le marketing est très fort :s

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