vendredi 11 mars 2016

Minimalisme, sobriété et gratitude

Les défis que nous proposons sur notre groupe Facebook "Gestion budgétaire, entraide et minimalisme" me tiennent beaucoup à cœur et me font cogiter également.
J'ai emprunté le chemin d'une vie plus simple il y a maintenant 8 ans, et parfois certaines choses me paraissent évidentes ou naturelles.

Elles ne le sont pas.
Je me rappelle encore de mon point de départ. J'étais une personne différente, et pourtant j'étais la même. J'avais le potentiel en moi, les petites graines qui n'avaient pas encore poussé.

Je vais essayer de vous expliquer ma vision du minimalisme, de la gratitude, et en quoi les deux sont liés.

Je me base sur mon propre cheminement, qui est fait d'expériences de vie, de rencontres, d'inspirations, et certainement d'un petit coup de pouce de là-haut.




Qu'est ce que le minimalisme pour moi?
Pour moi, vraiment, le minimalisme est uniquement intérieur.
On ne peut pas décrire le minimalisme d'une personne exclusivement en regardant le nombre d'objets qu'elle possède.
Je ne suis pas minimaliste parce que je possède une garde-robe capsule, moins de tant de produits d'hygiène ou peu de meubles.

Ce n'est que la partie immergée de l'iceberg.
Le minimalisme n'est qu'une facette d'un changement de vie vers plus de simplicité, de conscience et de retour aux valeurs essentielles.
C'est la raison pour laquelle je pense qu'on ne peut pas mesurer un minimaliste au strict comptage de ses possessions matérielles.

Malgré tout, diminuer effectivement nos possessions matérielles et notre dépendance envers celles-ci permet de libérer de la place dans notre esprit pour qu'il puisse se recentrer.
Pour ceux qui me connaissent, étant un kinder (blonde à l'intérieur, brune à l'extérieur) doublée d'une Doris (capacité de concentration et de mémoire proches du niveau de la mer), cheminer vers le minimalisme était pour moi vital.

Je suis quelqu'un qui est très vite encombré. J'ai un cerveau qui mouline quasiment H24.
Je suis obligée sans arrêt de trier les informations et de les prioriser.

Aussi mon minimalisme ne s'applique pas qu'aux objets, loin de là.
Selon moi, le minimalisme doit, pour être efficace et apporter une réelle plus-value à notre bien-être général, s'appliquer à tous les domaines de notre vie.

C'est une lutte permanente contre l'encombrement, le "trop de tout", qui nous submergent.
Trop d'informations: j'ai coupé la télé. Je choisis le moment où je ressens le besoin de chercher une information, alors je la cherche.
Trop de sollicitations: j'apprends à prioriser, à laisser aux autres leurs envies me concernant, à déléguer et même à refuser.
Trop de relations avec trop de personnes: je suis d'une nature solitaire et j'ai absolument besoin de calme, c'est ma manière de fonctionner. Je m'écoute. J'essaye d'accepter que je ne suis pas une Wonder Woman, que les journées ne font que 24h et que je ne peux pas me couper en 4. J'ai encore beaucoup de travail à faire à ce niveau-là...

La réflexion sur le minimalisme m'amenant à une introspection, j'en ai extirpé de tout ça l'idée générale que le minimalisme est en réalité un outil incroyable pour construire un sentiment de liberté.
Quand le minimalisme commence à s'imprégner en nous, nous nous reconnectons à nos réels besoins.

Pour ma part, j'estime que nos besoins sont de 2 ordres:
- des besoins physiques (eh oui, tant que nous sommes coincés dans ce monde, nous devons faire avec les limites de notre enveloppe corporelle, on en est tous là!): se nourrir, avoir un toit, être soigné.
- des besoins psycho-affectifs: être en relation avec d'autres, se sentir utile.
Quand on est vraiment au clair avec ces 2 types de besoins, on comprend alors qu'une immense partie de tout ce qui nous arrive (au niveau matériel et même au-delà) est superflue.
Nous en retirons alors la grande force intérieure qui est de se dire qu'il est finalement assez simple de ne plus foncer tête baissée dans les besoins que l'on nous crée de toute pièce.
Un besoin ne devrait jamais venir de l'extérieur de nous, mais toujours de l'intérieur.
Quand on réalise, enfin, le peu de chose dont nous avons besoin pour bien vivre, un grand sentiment de puissance nous envahit. Nous reprenons alors le contrôle de notre existence.
C'est une grande liberté et une grande force.

Cela m'amène assez naturellement à vouloir développer le concept de sobriété.



Sobriété, sobriété chérie!
Dans notre société actuelle de surconsommation, de profusion et d'immédiateté, le mot "sobriété" sonne parfois comme "morosité", "privation", voire "ascétisme".
On nous a tellement fait croire que pour être heureux, nous avions besoin de possessions matérielles nombreuses et variées, que vouloir de soi-même se retirer de cette spirale infernale peut limite passer pour du masochisme.

Je suis très attachée au concept de sobriété heureuse.
Pour moi, d'ailleurs, la sobriété ne peut être qu'heureuse, et le bonheur ne peut être que dans la sobriété.
L'accumulation de possessions ne peut jamais mener au bonheur.
Etre heureux dans cette vie, c'est tout simplement combler les 2 types de besoins dont je parlais plus haut, ni plus, ni moins.
Surtout pas plus, en réalité, car le mieux est l'ennemi du bien.
Car aller au-delà de ces besoins ne nous apportera, au mieux, qu'un plaisir temporaire. Or le plaisir peut, dans certains cas, aller à l'encontre d'un bonheur durable.

Pour donner un exemple on ne peut plus terre à terre de cette théorie, je pense que beaucoup d'entre vous connaissent des enfants qui croulent sous les jouets et qui sont éternellement insatisfaits, alors que d'autres enfants qui vivent dans le dénuement peuvent être pleinement heureux (si leurs besoins vitaux sont comblés, évidemment).
Dans mon foyer, j'essaye d'entretenir cette sobriété heureuse en luttant de toutes mes forces contre la profusion étouffante et les sollicitations des publicités qui créent des envies inutiles.
Aller au restaurant, faire une sortie payantes ou obtenir un objet désiré ne sont pas un dû, il faut souvent attendre. L'attente rend alors la chose encore plus attrayante quand elle arrive.
Le sentiment de satisfaction est plus élevé.
Il ne s'agit pas d'entretenir la frustration par plaisir, mais simplement d'aller à contre-courant d'une société qui nous définit la profusion comme la norme et l'assouvissement du désir comme la simple porte d'entrée au désir suivant.

Finalement, je suis persuadée qu'une personne qui vit sobrement a même beaucoup plus de plaisirs qu'une personne qui est entraînée dans la spirale infernale "sollicitation - faux désir - assouvissement - sollicitation..."



Et la gratitude?
Je ne vais pas y aller par 4 chemins, le sentiment de gratitude est pour moi primordial.
Tant qu'on n'a pas développé ce sentiment dans notre vie, on ne peut tout simplement pas être heureux.
C'est un sentiment, encore une fois, qui peut être totalement déconnecté des évènements extérieurs. On peut avoir passé la pire des JDM (Journées De Merde), on peut continuer à cultiver ce sentiment de gratitude.
Nous nous devons d'être reconnaissants que nos besoins primaires soient assouvis.
Nous nous devons d'être reconnaissants pour ce que la vie nous envoie.
Et nous devons essayer d'être moins atteints par ce que la vie nous reprend.
Le minimalisme, la sobriété, la gratitude, le bonheur, tout ça, c'est à l'intérieur de nous.
Tout le reste est impermanent, tout bouge, tout change, à chaque seconde.
Un jour on peut avoir beaucoup d'argent, beaucoup d'amis, une famille, un jour on peut tout perdre.
Et au final, d'ailleurs, on perd tout cela vu qu'on ne l'apporte pas avec nous dans la tombe.

J'aimerais vous faire comprendre qu'il ne s'agit pas du tout d'une vision pessimiste de l'existence, au contraire.
Car moins on a d'envies parasites, moins on a de frustrations, et plus notre esprit est opérationnel pour se concentrer sur l'essentiel.
Moins on a de besoins, et plus on est fort.
Moins on a de besoins et moins on a peur, de l'avenir, de manquer.
Il s'agit d'une forme de conscience souple, tranquille, apaisée.



A un niveau plus personnel, comme je n'ai pas médité pendant 20 ans au fond d'une grotte ni atteint l'éveil, comme vous tous qui me lisez d'ailleurs, je suis évidemment soumise à des envies et à des frustrations.
Cela fait partie de la vie, c'est inévitable.
Mais savoir les reconnaître au moment où elles apparaissent et rester sans arrêt connecté à ses besoins sont d'une grande aide au quotidien.

D'une manière très pragmatique, mon mode de consommation a découlé de cet état d'esprit en construction.
Nous sommes tous des consommateurs, d'une certaine manière, vu sous un certain angle. Même le fait de vouloir moins consommer est un acte de consommation.
Et notre consommation reflète qui nous sommes.
Vouloir maitriser notre consommation, c'est une manière de reprendre le pouvoir sur notre vie, de ne plus se laisser dicter notre conduite.
Consommer moins, consommer mieux, consommer autrement, cela ne peut que nous procurer un apaisement dont nous avons plus que jamais besoin par les temps qui courent.

Insuffler cet apaisement face à une dictature de la consommation effrénée, c'est vraiment la mission que nous nous sommes donnée avec Herveline et les 2 autres modératrices sur le groupe que nous administrons.
Sortir de la matrice, comme le dit Herveline dans son excellent article que je vous invite à lire ici, est une condition sine qua non à l'apaisement et au bonheur.

Nous sentons à l'heure actuelle le vent tourner sur le sujet, même si les médias continuent à nous bassiner avec la consommation, la croissance et tout le tralala.
C'est de bonne guerre, ils font ce qu'ils peuvent pour maintenir en place un pouvoir qui semble commencer à vaciller.
Mais nous, "on rêvait d'un autre monde"! (Clin d'œil à Justine, si tu me lis, tu vois, j'ai réussi à le caser!)
De plus en plus de personnes, si on en croit l'engouement pour notre groupe (quasiment 1000 demandes d'adhésion par mois), commencent à pressentir cela.
Ce n'est pas facile de s'extirper de la pensée commune d'une société toute entière, mais l'union fait la force, et le pouvoir est en nous.

11 commentaires:

  1. Je chemine lentement, les divers aléas de la vie me permette de m'en approcher. Je suis en cours de lecture de "méditer jour après jour" moi qui étais constamment dans le "faire" j'apprends à me poser. Je me promène sur les blogs de toutes ces jeunes femmes qui décident d'apporter leurs petites pierres à l'avenir meilleur. Continuez

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    1. Je lis pas mal au sujet du bouddhisme également, et c'est une de mes principales inspirations.
      Merci pour votre message!

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  2. Tres bel article !
    Quel est ce groupe dont vous parlez dans l'article ?

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    1. C'est un groupe Facebook: "Gestion budgétaire, entraide et minimalisme".

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  3. Comme pour celui d'Herveline, j'adhère à 100%. Mais j'ai encore du mal pour ma part sur la gratitude, je suis encore trop révoltée par le modèle qu'on nous impose... et sans doute un peu trop vindicative sur la nécessité de l'abandonner au profit du modèle de la sobriété heureuse... Et puis pour le moment je suis plus avancée que mon amoureux, ce qui crée aussi de la frustration car j'aimerai tellement qu'on avance en même temps sur cette voie. Il faut que je travaille là-dessus... Aurais-tu des lectures à conseiller ? En tout cas bravo, vous faites un travail formidable toutes les deux (toutes les quatre !), et juste le fait de faire partie de ce groupe, d'aider (j'espère !) par mes contributions de temps à autres est déjà une source de satisfaction, j'imagine donc la joie que vous devez ressentir à administrer ce groupe :)

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    1. Tu sais ce sentiment de révolte, je le ressens aussi de temps en temps, hein!
      Au niveau des lectures tu peux déjà aller voir dans la partie "lectures" du blog, j'ai fait qq fiches sur des livres qui m'ont inspirés.
      Autrement je lis pas mal de livre sur le bouddhisme et ça m'inspire bcp également.
      Merci pour tes contributions sur le groupe, qu'on soit admin ou membre, c'est pareil, l'important c'est d'aider (en référence à mon point sur les vrais besoins: se sentir utile ;-) )

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  4. Merci pour ton bel article, il me parle beaucoup :D

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  5. merci, merci pour cet article. Je vous découvre justement depuis hier (grâce à une copine qui a partagé l'article sur l'argent justement).
    Nous commençons tout juste à cheminer dans ce sens avec mon mari (et donc nos 4 enfants), le processus a commencer il y a 2-3ans mais depuis quelques mois il s'accélère, prend de l'ampleur mais c'est long à mettre en place
    Nous avons lu récemment le livre sur la sobriété heureuse de Pierre Rabhi ainsi que le livre Demain et puis le n°spécial du magazine Kaizen également sur la sobriété...
    tout est d'une telle évidence
    Nous réfléchissons beaucoup plus à nos achats-dépenses, nous commençons à mettre en place notre jardin potager en permaculture, nous avons décider de ne plus offrir de jouets aux anniversaires et Noël de nos enfants (hormis des jeux vidéos qui ne prennent pas de place, oui oui on a encore des progrès à faire, mais cela s'orientera surtout maintenant par de réel besoin et non des envies, quitte à offrir des vêtements etc..)
    Bref des petits pas qui nous permettent d'avancer sur notre chemin du bonheur :-)

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  6. C'est incroyable on est jumelle? Doris Kinder c'est tout moi!!!! ;) Plus sérieusement, je partage totalement ton point de vue et ton expérience me rappelle la mienne d'ailleurs. C'est rigolo car je suis en train d'écrire un article à ce sujet et un mot revient comme toi : liberté. Je me sens libre et heureuse face au vide que j'ai fait dans ma vie à tous les niveaux. Bonne continuation dans ton cheminement et merci pour ce partage d'expérience :)

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    1. J'ai hate de le lire!
      J'aime bcp ton blog!

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